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Je vis, je meurs… 😀,😫…

Je vis, je meurs; Je me brûle et me noie;
J’ai chaud extrême en endurant froidure:
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure;
Mon bien s’en va, et à jamais il dure;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène.
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors peine.

Puis, quand je crois à ma joie être certaine,
Et être au haut de mon desiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

Louise Labé

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Le silence 🤐

Le silence dans l’homme est une dignité ;
C’est un beau vêtement, c’est une noble chose ;
L’esprit qui parle peu fait désirer qu’il cause,
Et le sot qui se tait cache sa nullité.

On connaît trop celui qu’on a trop écouté ;
Riche, il devient prodigue, et bientôt indispose ;
Un mot dit à propos de lèvre souvent close
Est comme le bienfait d’un homme respecté.

Tournons sept fois la langue (oh ! le proverbe est sage),
Avant que la pensée au jour trouve un passage ;
Le mot n’est pas repris, une fois envolé.

Que la réflexion tienne en nous sa balance !
On regrette, et trop tard, souvent, d’avoir parlé,
Mais on ne se repent jamais de son silence.

Évariste Boulay-Paty.

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L’amitié se dit sincère 👬👫👭

L’amitié est une preuve de confiance,
Où naissent nos plus belles confidences,
À l’ami des secrets ainsi dévoilés,
De peines enfouies restées inavouées.

Une épaule amie sur laquelle se reposent,
Nos peines, nos chagrins qui explosent,
Partager ensemble nos joies, nos douleurs,
Cet arc-en-ciel de toutes les couleurs.

Un ami se doit d’être loyal, fidèle,
Au fil du temps, au cours des ans,
Notre amitié n’en sera que plus belle,
Comme un jardin secret fleurissant.

L’amitié se dit sincère, de toute confiance,
Sans nul désir de reconnaissance.
Douce écoute réchauffant un coeur,
D’une âme en détresse qui conte malheur.

L’amitié raisonne nos idées folles,
Et l’ami vient ainsi vous conseiller,
De la sagesse dans ses paroles,
Et ce désir noble de vous aider.

Maxalexis

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Te souviens-tu maman ?

Que dire d’une mère,
Qui n’a pas été dit,
Prières et mille vers,
Encore on en écrit.

Mais c’est pour toi, maman,
Que ces mots, tendrement,
Défilent sous mes yeux,
Sans trêve, comme un jeu ;

Et souviens toi, maman,
Quand nous étions enfants,
Tu peignais nos cheveux,
Et essuyais nos yeux.

Si peine et désarroi
Viennent frapper chez toi,
Tu les laisses entrer
Sans jamais rechigner ;

Et jamais ton visage
Ne m’a montré de larmes
Et la vie qui défile,
Laisse ton cœur sans ride ;

Alors, dis-moi ma mère,
Quel donc est ton secret,
Rends-moi les idées claires…
Es-tu donc une fée ?

Cathy Barges

image
À ma mère
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La vieillesse 👴

Ah ! le corps seulement, barque usée à la lame,
Vieillit et se déjoint, et sombre avec effroi ;
L’âme, sa passagère, au bord nage avec foi ;
L’âme ne périt point, bien haut tout le proclame.

Ô ma mère, foyer dévoré par ta flamme,
Que je fus convaincu de l’éternelle loi
De notre humanité, quand je voyais en toi
La vieillesse du corps, la jeunesse de l’âme !

Sous tes vieux ans mon œil trouvait sans s’étonner
Les jeunes sentiments, je sentais bouillonner
La sève de ton cœur sous ta chétive écorce.

Au dehors, au dedans te regardant toujours,
Je pleurais, j’admirais le mystère des jours :
Le corps dans sa faiblesse et l’âme dans sa force !

Évariste Boulay-Paty.

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La tristesse 😔

J’ai perdu ma force et ma vie,
Et ma famille et ma gaieté;
J’ai perdu jusqu’à ma fierté
Qui faisait croire en mon génie.

Quand j’ai connu la vérité,
J’ai cru que c’était une amie;
Quand je l’ai comprise et sentie,
J’en été déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d’elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il fait qu’on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d’avoir quelques fois pleuré.

Alfred de Musset.

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L’accent grave et l’accent aigu.

J’irai je n’irai pas j’irai je n’irai pas
Je reviendrai Est-ce que je reviendrai ?

Pourtant je partirai (serais-je déjà parti ?)
Parti reviendrai-je ?
Et si je partais ? Et si je ne partais pas ?
Et si je ne revenais pas ?

Elle est partie, elle ! Elle est bien partie.
Elle ne revient pas
Est-ce qu’elle reviendra ? je ne crois pas
Je ne crois pas qu’elle revienne
Toi, tu es là Est-ce que tu es là ?
Quelquefois tu n’es pas là.

Ils s’en vont, eux. Ils vont ils viennent
Ils partent ils ne partent pas
Ils reviennent ils ne reviennent plus.

Si je partais, est-ce qu’ils reviendraient ?
Si je restais, est-ce qu’ils partiraient ?
Si je pars, est-ce que tu pars ?
Est-ce que nous allons partir ?
Est-ce que nous allons rester ?
Est-ce que nous allons partir ?

Jean Tardieu, L’accent grave et l’accent aigu , « Formeries »,
© Poésie Gallimard, 1976.